Crédits photo : Church Mountain Open
Diagnostiqué de la maladie de Parkinson en mai 2025, Lino Costa a dû interrompre la compétition avant de retrouver progressivement le chemin des tables de tennis de table grâce au Ping Parkinson. Aujourd’hui, il a renoué avec les sensations et les résultats, avec notamment une médaille d’argent au Church Mountain Open et deux titres de champion suisse. À travers son parcours, il témoigne de la place essentielle que le tennis de table occupe dans sa vie face à la maladie.
Bonjour Lino, peux-tu te présenter à nos lecteurs, quel est ton parcours pongiste ?
Je m’appelle Lino Costa, j’ai 56 ans et je joue au tennis de table depuis de nombreuses années. J’ai eu un parcours assez régulier au niveau régional et national, avec plusieurs podiums aux championnats genevois et romands, ainsi qu’un titre de champion suisse par équipes en catégorie O50. Mon meilleur classement a été C10. J’ai malheureusement dû interrompre la compétition à partir de novembre 2023 en raison de problèmes de santé. J’ai ensuite été diagnostiqué de la maladie de Parkinson en mai 2025. Cette période a été difficile, mais elle m’a aussi permis de prendre du recul.
Depuis ma reprise, j’ai retrouvé progressivement le chemin des compétitions, même si j’ai dû repartir de plus bas en termes de classement et de sensations. Aujourd’hui, le tennis de table occupe une place très importante dans ma vie, notamment à travers le Ping Parkinson, qui m’a permis de redonner du sens à ma pratique sportive. Mon objectif est simple : continuer à progresser, retrouver mon meilleur niveau et profiter pleinement de chaque compétition, tout en montrant qu’un retour est toujours possible avec du travail et de la persévérance.
Tu as participé au Church Mountain Open récemment, parle-nous de cette compétition.
Le Church Mountain Open à Kirchberg, est une compétition que j’apprécie particulièrement car elle réunit des joueurs de plusieurs pays et propose un très bon niveau. Ce tournoi avait une signification particulière pour moi, notamment après ma pause forcée pour raisons de santé. Y participer, ce n’était pas juste rejouer une compétition, mais aussi mesurer le chemin parcouru depuis mon retour.
J’apprécie beaucoup l’esprit des compétitions de Ping Parkinson : il y a de l’envie, de l’intensité et de la combativité, mais aussi beaucoup de respect, de convivialité et de partage. On vient pour jouer, se battre sur chaque point, mais aussi pour retrouver des amis et faire de nouvelles rencontres. Une fois le match lancé, on oublie presque la maladie. On se concentre uniquement sur le jeu, sur la stratégie et sur l’envie de gagner le point suivant. C’est ce qui rend ces compétitions si importantes pour moi : elles me permettent de rester compétitif, de me fixer des objectifs et de continuer à progresser.
Tu rentres de Kirchberg avec la médaille d’argent, félicitations, retraces-nous ton parcours sur la compétition.
Ce résultat n’est pas seulement le fruit de mes matchs à Kirchberg, mais aussi de tout un travail collectif autour de moi. Depuis mon retour à la compétition, j’ai la chance d’être très bien entouré. Ma coach joue un rôle essentiel : elle me soutient, m’accompagne dans ma progression et m’aide à structurer mes entraînements. À ses côtés, plusieurs personnes de mon club me consacrent du temps à l’entraînement, me font travailler des situations de match et m’aident à retrouver progressivement mon niveau. Sans cet engagement humain, cette médaille n’aurait clairement pas la même valeur.
Sur le plan sportif, mon parcours à Kirchberg a été fait de matchs accrochés, où j’ai dû rester concentré et m’adapter à chaque adversaire. J’ai réussi à enchaîner de bonnes performances, à garder mon calme dans les moments importants et à prendre confiance au fil de la compétition, ce qui m’a permis d’aller jusqu’en finale et de décrocher la médaille d’argent.
Je tiens aussi à remercier mon sponsor Eldora. Leur soutien est très important pour moi, car il me permet de financer une partie de ma pratique, de continuer à m’entraîner dans de bonnes conditions et de me rapprocher progressivement de mon meilleur niveau. Sans ce soutien, il serait beaucoup plus difficile de structurer mon retour et de participer à ce type de compétitions. Cette médaille est donc le résultat d’un ensemble : mon travail personnel, l’investissement de ma coach et de mes partenaires entraînement du club, et le soutien précieux d’Eldora.
Tu viens tout juste de conclure les championnats suisses de Ping Pong Parkinson à Lausanne. On imagine une certaine fierté chez toi ?
Cette compétition avait une saveur particulière pour moi. En simple, j’étais annoncé comme favori, donc forcément, il y avait une certaine pression. Et finalement, ça a été beaucoup plus compliqué que ce que le papier pouvait laisser penser. Il a fallu rester concentré, gérer les moments difficiles et aller chercher chaque match. En double, c’était différent : nous n’étions pas forcément les favoris et rien n’était gagné d’avance. Il fallait trouver les bons automatismes, bien communiquer et surtout rester solides dans les moments importants.
Au final, repartir avec les deux titres de champion suisse, en simple et en double, c’est évidemment une énorme satisfaction. Mais je sais aussi que cette réussite ne repose pas uniquement sur moi. C’est le résultat d’un ensemble : mon travail personnel, l’investissement de ma coach et de mes partenaires entraînement du club, et le soutien précieux de ma famille ainsi que celui de mon sponsor Eldora. Je leur en suis vraiment reconnaissant. Au-delà des titres, je retiens surtout le plaisir de la compétition, les émotions vécues et tout le chemin parcouru pour arriver jusque-là.
Plus largement, en quoi le Ping aide à lutter contre la maladie de Parkinson ?
Le Ping joue un rôle très important dans la lutte contre la maladie de Parkinson, à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan physique, c’est une activité qui sollicite énormément la coordination, les réflexes, l’équilibre et la mobilité. Le fait de devoir se déplacer rapidement, ajuster ses gestes et enchaîner les échanges aide à entretenir les capacités motrices et à ralentir certains effets de la maladie.
Mais au-delà de l’aspect physique, le Ping a aussi un impact mental très fort. Pendant un match, on est concentré sur la balle, sur la stratégie, sur le point à jouer. Cela permet de “mettre de côté” la maladie pendant un moment et de retrouver une forme de liberté et de normalité dans le jeu. Il y a aussi un aspect psychologique essentiel : le Ping redonne confiance. Le fait de progresser, de gagner des points, de participer à des compétitions et de se fixer des objectifs permet de rester motivé et de ne pas se laisser enfermer par la maladie.
Enfin, c’est aussi un sport très social. Les entraînements et les compétitions créent du lien, permettent de rencontrer d’autres personnes vivant la même situation et de partager des expériences. Cette dimension humaine est très importante, car elle aide à lutter contre l’isolement et à garder un état d’esprit positif. Pour moi, le Ping n’est donc pas seulement un sport : c’est un véritable soutien au quotidien, à la fois pour le corps, pour le mental et pour le moral.
Aurais-tu un petit mot pour les Parkinsoniens qui te découvrent et qui découvrent le tennis de table grâce à cet article ?
Le Ping peut paraître difficile au début, mais il est accessible à chacun, à son propre rythme. Il n’y a pas besoin d’être un grand sportif pour commencer. L’important, c’est de bouger, de prendre du plaisir et de se laisser porter par le jeu. Je peux vraiment témoigner que ce sport apporte énormément, autant sur le plan physique que mental. Il aide à rester actif, à garder confiance en soi et à retrouver des moments de légèreté malgré la maladie.
Je vous encourage aussi à vous rapprocher des structures comme Swiss Parkinson Ping, qui font un travail formidable en Suisse pour développer la pratique du tennis de table adapté aux personnes atteintes de Parkinson. C’est un réseau accueillant, bienveillant, où l’on peut progresser ensemble, partager des expériences et surtout ne pas se sentir seul. Le plus important, c’est de faire le premier pas. Le reste vient petit à petit, avec le plaisir de jouer et de se retrouver autour de la table.











